Aujourd´hui, c´est la journee d´activite
prevue avec les mentawais. Ils nous proposent
de les accompagner pour la cueillette des Durians,
un fruit bien connu en Asie et tres apprecie,
a la chair jaune, et a l´exterieur vert
herisse de gros piquants, d´environ 35 cm
de longueur. Pourquoi pas?
Nous partons donc tous apres le petit dejeuner
affuble de paniers vegetaux sur le dos, fabrique
a la main par les mentawais. Probablement, une
petite balade de 10 minutes pour arriver jusqu´aux
arbres pensons-nous…
Tant mieux car nous sommes courbatures de nos
marches et surtout de nos nuits (qu´il est
dur ce plancher en bois pour nos corps!).
Grosse erreur. Nous marchons plus d´une
heure, sous le soleil, dans la boue, en traversant
des cours d´eau, en escaladant des troncs
d´arbres morts en travers du chemin, notre
panier se prenant dans des branches d´arbres….
Tout ca pour aller cueillir quelques fruits? Tant
d´efforts deployes!
Nous arrivons epuises a destination. Les mentawais
sont deja la depuis un moment et la cueillete
a deja commence.
Un des hommes a grimpe en haut de l´arbre
a durian, a 30 metres de hauteur et coupe la queue
des fruits avec sa machette. Les fruits tombent
sur le sol avec un bruit sourd sans se fendre.
Tout le monde attend sagement un peu plus loin
cari l ne faudrait pas se prendre un durian, qui
pese bien 2 kg, sur la tete!
sitot fini, les se precipitent sous l´arbre
pour mettre les durian, qu´elles attrapent
en plantant leur machette dans l´ecorce
(n´oublions pas les piquants!) dans les
paniers..
un arbre termine et on s´eloigne pour passer
a un autre. Nous assistons ebahis a l´escalade
du 2eme arbre par un autre grimpeur.
Il se sert d´un cerceau ouvert en bambou,
recouvert d´un tisú vegetal a base
d´ecorce (pour “accrocher” et
ne pas glisser sur l´arbre).
L´une des extremites du cerceau entoure
son poignet et il tient l´autre extremite
dans cette meme main. Pour grimper, il entoure
le cerceau autour de l´arbre et s´en
aide comme d´un appui.
De sa main libre, il tient sa machette pour faire
des entailles dans le tronc de l´arbre,
lui permettant d´avoir un appui plus stable
pour ses pieds.
Il monte a une vitesse surprenante, extremement
concentre (on imagine bien pourquoi, toute chute
serait terrible!).
Son corps et ses muscles sont tendus sous l´effort
qu´on devine intense.
Nous avons tous les yeux fixes sur lui, en silence.
C´est un moment intense. Quand il est arrive
en haut et s´assoit sur une branche, la
tension redescend.
A sa descente, il est couvert de sueur. Seuls
les homes jeunes grimpent ainsi aux arbres, on
comprend pourquoi!
La cueillette a ete bonne et bien que beaucoup
de durians soient manges sur place (tout le monde
est affame après la marche et la cueillete
et il ne doit pas etre loin de midi), il y a assez
de durian pour remplir tous les panniers qui deviennent
d´un coup tres lourds…
d´autant que les lanieres vegetales ne sont
pas tres confortables et entaillent nos epaules.
Enfin, sauf les miennes car je suis la seule a
n´avoir pas de panier… ils ont du
s´apercevoir que la marche etait assez difficile
pour moi et que je m´en sortais a peine!
Quelle pietre aventuriere je fais!
Nous entamons le chemin de retour et faisons
une halte pres d´une riviere. 2 mentawais
vont couper un arbre dont l´ecorce sert
a fabriquer le petit pagne vegetal qu´ils
portent.
Cette fois, c´est pour Vincent et Frederic
qu´ils prelevent l écorce afin de
leur fabriquer un petit pagne! Edda et moi sommes
emballes, mais nos homes ne le voient pas de cet
oeil!
Nous reprenons la route, charges comme des anes.
Les enfants ont eux aussi des panniers remplis
a ras bord, meme les petits.
Tous les mentawais marchent pieds nus, a vive
allure, avec une agilite surprenante. 2 des
portent de Lourdes charges de longs bambous. L´une
d´elle est enceinte jusqu´au cou….
Il est presque 15h quand nous rentrons a la maison.
Nou sommes epuises. Tant d´efforts deployes
pour aller cueillir quelques fruits!! Quelle vie
difficile!
Nous sombrons dans une petite sieste reparatrice…
En fin d´apres-midi, Vincent et Frederic
doivent s´occuper de leur future pagne.
Un mentawai leur montre comment tanner l´ecorce
avec un gros gourdin de bois et ils s´executent,
une cigarette a la bouche.
Nous les regardons, amuses, egalement une cigarette
a la bouche.
Nous nous sommes tous mis a fumer de stress et
de fatigue, alors que nous sommes normalement
non fumeurs. Un comble quand on sait que nous
sommes loin du bruit, du traffic, de la pollution
qualifies de stressant dans notre societe.
En fait, nous sommes bien plus stresses par les
conditions de vie difficile des mentawai, et la
jungle, milieu hostile. Tout est toujours difficile,
rien n´est simple.
Une cueillete banale et habituelle pour les mentawais
s´est revele un trek epuisant pour nous.
Se laver dans les rivieres est un combat contre
les insectes qui en profitent pour nous piquer
partout.
Et le petit pipi du soir est une vraie expedition!
En effet, il faut descendre de la maison sur le
tronc d´arbre sans glisser en tenant la
lumiere d´une main, le papier toilette de
l´autre. Puis partir s´enfoncer dans
la jungla pour trouver un endroit propice, en
surveillant attentivement tout ce qui bouge…
Edda et Frederic ont apercu cet après-midi
un serpent noir raye rouge, repute comme tres
veninmeux… ce qui ne va pas pour nous rassurer!
Nous realisons quelle vie facile nous avons en
Occident, et a quell point nous avons de la chance.
Chez les mentawais, seuls les bebes les plus forts
survivent. Les autres meurent en bas age, souvent
avant l´age de 1 an. La mortalite infantile
est tres elevee. Ici pas de medicaments pour soigner
les infections…
Il y a bien les shamans qui connaissent vuelques
mixtures a base de plantes. Mais quand Ed nous
dit que n´importe qui peut etre shaman,
nous sommes un peu decus…
il faut juste offrir 30 cochons en sacrifice et
faire seulement 3 mois d´apprentissage chez
un shaman.
Les sont tres endurantes et costauds. Ed
nous dit qu´il a deja asiste a plusieurs
accouchements et que les ne poussaient
pas un cri, tant pendant les contractions qu´a
la delivrance.
Pour une fois, on le croit!
Edda m´amene la petite fille de la maison,
qui pleura, parce qu´elle s´est blessee
au pied avec sa machette. Heureusement la plaie
n´est pas profonde, et j´entreprends
de la desinfecter.
Lorsque j´applique le desinfectant, qui
doit pourtant pas mal la bruler, elle ne bronche
pas. Je suis etonnee. Les enfants aussi sont resistants
a la douleur!
Elle est toute fiere d´avoir un petit pansement
blanc (qui ne le rsetera pas tres longtemps…)
et le montre aux autres.
A la nuit tombee, la vieille femme de la maison
vient me chercher avec Edda pour aider les